Shinewald:
«Ma Déclaration de Pénitence »

 


« Ma Déclaration de Pénitence », par Benjamin Shinewald
The Canadian Jewish News, le 6 Septembre 2018

 

Mon seul regret des trois années que j’ai passées au Congrès juif canadien (CJC) est le petit rôle que j’ai joué dans la tragédie d’Hassan Diab.

J’étais assis à mon bureau d’Ottawa un matin de 2008 lorsque mes collègues de Toronto m’ont appelé. Diab, un professeur local, avait été arrêté, m’ont-ils dit, accusé d’avoir commis un attentat terroriste de triste notoriété qui avait tué quatre personnes devant une synagogue parisienne en 1980.

Je me suis précipité à l’audience sur le cautionnement pour représenter notre association. Diab était assis à quelques mètres de moi près d’un petit groupe de supporters. Je les ai pris pour des dupes, bien que je me souvienne d’une vague impression d’être peut-être moi-même la dupe.

En tant qu’avocat je savais que Diab avait droit à une procédure régulière et à la simple équité (ce qui ne fut pas le cas, voir ci-dessous). J’ai donc préparé ma discussion avec les médias. J’ai attendu une pause, et j’ai retrouvé la presse.

Des années plus tard je ne me souviens plus précisément de ce que j’ai dit. Mais les medias disent que j’avais déclaré que l’arrestation de Diab « envoie un message aux terroristes du monde entier que, peu importe le temps qui passe, les autorités continueront à les poursuivre ».

Tous ceux qui ont reçu une formation en medias reconnaîtront l’astuce dans cette phrase. Ce que j’ai dit était à la fois vrai et raisonnable. Qui pourrait être en désaccord ?

Mais la vanité est aussi transparente. Bien que vraie et raisonnable, ma déclaration au nom de notre communauté, laissant entendre de façon ambiguë que Diab aurait pu être un terroriste, le rendait un peu plus suspect.

En revanche j’aurais pu dire : « Le crime était odieux, mais nous n’avons aucune idée si Monsieur Diab est le coupable. Comme tout Canadien, le CJC croit que Monsieur Diab mérite le bénéfice du doute. » De telles paroles auraient été tout aussi vraies et raisonnables, et auraient réconforté Diab au lieu de l’enfoncer.

Au lieu de cela, il paraît que j’en aie rajouté en arguant qu’il ne méritait pas de libération sous caution. J’ai ainsi apporté ma petite contribution à l’accusation.

Mais cette affaire s’est avérée fragile. Le juge canadien l’a appelée « très problématique » et « alambiquée ».

Et cela c’était avant que nous découvrions que notre Ministère de la Justice – pensez au sens de ce terme – a peut-être retenu délibérément des preuves à décharge, ce qui est permis scandaleusement par notre processus d’extradition.

Malgré tout cela, Diab fut expulsé sommairement. Il est allé directement en isolement dans une prison française notoirement violente. Il a manqué la naissance de son fils et s’est battu contre la dépression, tandis que sa famille à Ottawa s’est ruinée en essayant de le faire libérer, tout en vivant leur propre cauchemar.

Des années plus tard la France a fini par le libérer. Les juges ont statué à huit reprises qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves contre lui. Diab est rentré chez lui en mai.

Sa vie est dans un désordre épouvantable, et ses jeunes enfants craignent que leur père ne soit à nouveau enlevé. Il reste cependant d’une sérénité impressionnante. « Je ne réclame pas un sou, » dit-il.

Mais ce qu’il veut c’est que notre processus d’extradition soit modifié afin que l’erreur judiciaire commise contre lui ne se reproduise plus.

C’est une noble cause, et étant donné le rôle de notre communauté – aussi minime soit-il –dans sa tragédie, nous avons le devoir moral de la soutenir.

Le CJC ne peut pas, car il n’existe plus. Mais le site web du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) indique qu’il est « maintenant responsable de toutes les activités auparavant administrées par le Congrès juif canadien ».

Le CIJA devrait donc au moins se joindre à la vingtaine d’organisations qui appuient l’appel de Diab en faveur d’une enquête publique complète et indépendante. En tant que communauté nous avons l’obligation de corriger cette situation.

Moi aussi, surtout en cette période de teshuvah. J’exprime donc par la présente mes plus sincères regrets à Monsieur Diab pour mes actions. Je m’engage étalement à appuyer sa campagne honorable, fondée sur des principes, en faveur d’une enquête publique. Enfin, j’offre à Monsieur Diab et à sa famille mes vœux les plus sincères pour un avenir sûr et heureux ici chez lui au Canada.

Traduction de:
« My Declaration of Contrition », by Benjamin Shinewald
The Canadian Jewish News, September 6, 2018
http://www.cjnews.com/perspectives/opinions/shinewald-my-declaration-contrition

Solidaires:
« Hassan Diab est innocent et n’a pas participé à l’horrible attentat de la rue Copernic »

 


Dix ans d’enfer pour Hassan Diab. Il est temps de réformer la justice française

 

« Après 3 ans d’enquête, les juges d’instruction dans l’affaire de l’attentat devant la synagogue de la rue Copernic à Paris, en 1980, ont conclu qu’il était probable que Hassan Diab, poursuivi dans cette affaire depuis près de 10 ans, se trouvait au Liban à cette période. Ils ont également affirmé qu’il était peu vraisemblable qu’il soit l’homme qui a posé la bombe devant la synagogue.

« Alors que l’enquête initiale visait des groupes français d’extrême droite, les éléments désignant Hassan Diab comme coupable proviennent de renseignements fournis par des pays étrangers qui, toujours selon les juges d’instruction, « fourmillent de contradictions et d’inexactitudes ». Pour toutes ces raisons, ils ont prononcé un non-lieu permettant à Hassan Diab de sortir de la prison de Fleury-Mérogis où il est détenu depuis 3 ans.

« Le non-lieu qui vient d’être rendu ne fait que confirmer ce que Hassan Diab et son comité de soutien, dont fait partie Solidaires, répètent depuis une dizaine d’années: il est innocent et n’a pas participé, ni de près ni de loin, à l’horrible attentat de la rue Copernic. Il était au Liban en 1980, et ni son écriture, ni ses empreintes digitales et palmaires, ni sa corpulence, ni son âge ne correspondent à ceux du suspect. Le dossier est vide. »

Le communiqué complet:
https://www.solidaires.org/Dix-ans-d-enfer-pour-Hassan-Diab-Il-est-temps-de-reformer-la-justice-francaise

Hassan Diab libéré faute de preuves
Conférence de presse à Ottawa le 17 janvier

L’anglais suit le français

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Pour distribution immédiate

Le 16 janvier 2018, Ottawa — Dr. Hassan Diab est arrivé hier au Canada et a été réuni avec sa famille à Ottawa. Le 12 janvier, deux juges d’instruction ont prononcé un non-lieu et ont ordonné sa remise en liberté immédiate, y compris le droit de rentrer au Canada.

Une conférence de presse se tiendra ce mercredi, le 17 janvier, avec la participation d’Hassan Diab, Don Bayne (avocat de Diab au Canada), et Alex Neve (Secrétaire général d’Amnesty International Canada – anglophone) et le Comité de soutien à Hassan Diab.

Quoi: Conférence de presse à la suite de la libération de Diab et son retour au Canada
Où: Les bureaux d’Amnesty International Canada, 312 Laurier Ave East, Ottawa
Quand: Mercredi matin, le 17 janvier, 2018, 10h.30 — 11h.30

Photos: Accueil chaleureux pour Hassan Diab à l’aéroport d’Ottawa

Pour davantage de renseignements:

Roger Clark
Hassan Diab Support Committee
diabsupport@gmail.com
http://www.justiceforhassandiab.org

Historique:

Le 12 janvier 2018, les juges d’instruction anti-terroristes Jean-Marc Herbaut et Richard Foltzer ont rejeté les charges à l’encontre du Dr. Hassan Diab en prononçant un non-lieu et ont ordonné sa remise en liberté immédiate. Il a été abondamment démontré que le Docteur Diab n’a pu être présent en France lors de l’attentat de 1980, ne serait-ce que parce que sa présence à Beyrouth au moment des faits a été confirmée. La décision des juges souligne notamment les nombreuses contradictions et inexactitudes qui sont contenues dans les notes de renseignement qu’ils ont examinées, et qui font douter de leur fiabilité. D’ailleurs l’écriture du Dr. Diab, les empreintes digitales, l’empreinte de la paume, sa description physique, et son âge ne correspondent pas à ceux du suspect identifié en 1980.

Les avocats français du Dr. Diab, William Bourdon, Apolline Cagnat, et Amélie Lefebvre, déclarent que «ceci est une décision exceptionnelle… dans l’histoire judiciaire française». Ils disent que la reconnaissance de l’innocence d’un suspect dans un cas de terrorisme est toujours un long chemin mais peut être obtenue par un travail sans relâche et que la décision est fondée sur la démonstration de l’impossibilité d’attribuer à Hassan Diab une quelconque implication dans l’attentat, ce qu’ils n’ont cessé de clamer. Ils ajoutent que le respect des victimes et de leur légitime besoin de justice ne doit pas être confondu avec l’obstination du parquet dont l’éventuel appel serait complètement contraire à la loi et aux faits.

L’avocat canadien du Dr. Diab, Don Bayne, déclare : «Nous sommes ravis, soulagés, et reconnaissants. Reconnaissants envers les juges français pour leur sagesse et leur courage en résistant à la pression sociale et politique afin de prendre une décision totalement juste, ce que, à notre avis, les tribunaux canadiens à tout niveau ont manqué de faire. Reconnaissants envers la femme du Dr. Diab, Rania Tfaily, pour avoir mené le combat pour la justice avec tant de dignité et de persévérance. Reconnaissants envers le Ministre Freeland, Sam Moyer, Maria Lamani et d’autres à Global Affairs Canada pour leur soutien entier et impressionnant d’un Canadien qui n’aurait jamais dû être extradé. Et reconnaissants pour les efforts des merveilleux Canadiens qui composent le comité de soutien à Hassan Diab. Nous ajouterions ceci : c’est maintenant le moment pour le Ministre de la Justice, et le Premier Ministre, d’ordonner une révision complète de l’Acte d‘Extradition et des procédures qui ont amené à des années d’injustice pour un Canadien innocent. Comment le Canada a-t-il pu extrader un Canadien en France alors que la France n’a jamais, jamais eu de charges suffisamment probantes pour faire un procès ? Comment ? A cause de l’Acte d’Extradition canadien qui permet de priver les Canadiens de leur liberté de manière injuste. Ce Canadien fut extradé sur la base de charges dont la fiabilité était quasiment nulle; pourtant tous les tribunaux canadiens ont laissé faire. Ainsi, bien que nous soyons reconnaissants que justice soit faite, faut-il s’assurer que le système soit corrigé afin que nul autre Canadien ne soit assujetti à ce qu’a enduré le Dr. Diab.»

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MEDIA ADVISORY
For Immediate Release

16 January 2018, Ottawa — Dr. Hassan Diab arrived in Canada and was reunited yesterday with his family in Ottawa. On January 12, two French investigative judges had dismissed the case against Diab and ordered his immediate and unconditional release, including the right to return to Canada.

Hassan Diab, Don Bayne (Diab’s lawyer in Canada), Alex Neve (Secretary General of Amnesty International Canada), and the Hassan Diab support committee plan to hold a press conference on Wednesday, January 17.

What: Press conference following the release of Diab and his return to Canada
Where: Office of Amnesty International Canada, 312 Laurier Ave East, Ottawa
When: Wednesday, January 17, 2018, 10:30 AM – 11:30 AM

Photos: Warm welcome for Hassan Diab at Ottawa airport

For More Information:

Roger Clark
Hassan Diab Support Committee
diabsupport@gmail.com
http://www.justiceforhassandiab.org

Background:

On January 12, 2018, Judges Jean-Marc Herbaut and Richard Foltzer (“Juges d’instruction anti-terroristes”) dismissed the allegations against Dr. Hassan Diab and ordered his immediate and unconditional release from detention. An overwhelming body of evidence shows Dr. Diab cannot have been in France in 1980 when the attack was perpetrated, as many elements confirm he was in Beirut during that period of time. The decision also notably underlines the numerous contradictions and misstatements contained in the intelligence which cast serious doubts about their reliability, as well as the fact that Dr. Diab’s handwriting, fingerprints, palm prints, physical description, and age do not match those of the suspect identified in 1980.

Dr. Diab’s lawyers in France, William Bourdon, Apolline Cagnat, and Amélie Lefebvre, stated that “This decision in such a serious terrorism case is exceptional. It must remind us that the acknowledgement of a suspect’s innocence in a terrorism case is always a long road but can be obtained with relentless work. The decision is founded on the demonstration of the impossibility to attribute to Hassan Diab any responsibility in the attack, as we have not ceased to claim. The respect owed to the victims and their legitimate need for justice must not be confused with the prosecutor’s obstinacy whose potential appeal would be completely contrary to the law and facts.”

Don Bayne, Dr. Diab’s lawyer in Canada, remarked, “We’re elated, relieved and thankful. Thankful to the French judges for their wisdom and courage to buck political and social pressure to make a completely just decision, something that we believe the courts in Canada failed to do at every level. Thankful that Dr. Diab’s wife, Rania Tfaily, led the fight for justice with such dignity and perseverance. Thankful to Minister Freeland, Sam Moyer, Maria Lamani, and others at Global Affairs Canada for their genuine and impressive support to a Canadian who never should have been extradited. And thankful for the efforts of the wonderful Canadians who make up the Hassan Diab Support Committee. We would add this: now is the time for the Justice Minister, indeed the Prime Minister, to order a complete review of the Extradition Act and procedures that led to years of injustice for an innocent Canadian. How could Canada have extradited a Canadian to France when France never, never had a case against Dr. Diab fit to go to trial? How? Because of Canada’s Extradition Act, of the procedures it enables to strip Canadians of liberty unjustly. This Canadian was extradited on overwhelmingly unreliable evidence yet every Canadian court allowed this to happen. So while we are thankful and relieved that justice has been served, we must ensure the system is corrected so that no other Canadian experiences what Dr. Diab has.”